Telle est la conclusion que nous pourrions retirer de notre café-débat organisé le 4 décembre 2006 autour du thème "le libéralisme, psychologiquement incorrect ?"… Même si nos 2 invités intervenants, Sabine Hérold et Arash Derambarsh, ont bien insisté sur le fait que le libéralisme n'était ni de gauche ni de droite, on a bien senti un échauffement IDEOLOGIQUE dans la salle !
Force est de reconnaître que le libéralisme est plus une notion abstraite en France, que vécue… En témoigne l'exercice suivant : nous avons demandé à chaque personne du public de donner sa conception du libéralisme sur un petit papier, de façon informelle. Tout le monde s'est prêté au jeu avec beaucoup d'application et de discipline. Résultat : nous avons recueilli de nombreuses définitions, qui, à notre grande surprise, ressemblaient plus à des copies d'élèves de prépa, qu'à des définitions pondues autour d'un verre décontracté.
En voici quelques extraits : "Le libéralisme est une philosophie économique et sociale qui se fonde sur l'hypothèse que les mécanismes naturels du marché sont intrinsèquement vertueux" (non ce n'est pas le Larousse, mais bien la définition donnée spontanément par le public !) ; "une doctrine économique et politique" ; "il y a une notion économique : dérégularisation des marchés et une notion sociale : ensemble de valeurs qui rejoignent celles des lumières"… Bref, vous l'avez compris, nous avions affaire à un public très studieux et averti ! Certains se sont également montrés plus synthétiques et psychologues : "c'est un concept anglo-saxon ; une vision qui peut faire peur car elle induit et met en cause la responsabilité de chacun" ; "c'est le drame de celui qui n'aime rien faire" (Gaston Lagaffe n'était donc pas un libéral…) ; "Ce n'est pas la loi du plus fort car l'Etat est toujours plus fort que chaque individu" ( c'est un peu comme la bataille entre sego et sega c'est plus fort que toi…) ; "Dans libéralisme, il y a liberté !" (Et oui, il faudrait quand même pas l'oublier) ; "Politiquement parlant, c'est le positionnement de la droite versus la gauche sociale" (traduire les méchants contre les gentils…). On en revient toujours à cette bonne vieille notion idéologique, qui déchire la droite et la gauche française. Et, last but not least, l'ombre d'Adam Smith ne traîne jamais très loin : "la main invisible ne m'a jamais touché du doigt". La main invisible, la bonne fée qui d'un coup de baguette magique, régule les marchés, c'est vrai qu'on a toujours un peu de mal à y croire ! Mais qui sait, la main invisible peut donner parfois un coup de pouce…
Bref, après ce dialogue très interactif avec le public du Newtrend café, il était temps de faire parler nos invités sur cette bête bizarre qu'est le libéralisme. C'est naturellement, Sabine Hérold, d'Alternative Libérale, qui a pris la parole en premier pour s'exprimer sur ce thème, qui lui est cher et duquel est né son engagement politique.
Le libéralisme selon Sabine Hérold
Selon Sabine, il faut oser la liberté ! Ce qui se traduit par :
- un choix de sa sécurité sociale
- un choix de sa retraite
- un choix de son école
Sabine a alors longuement insisté sur le fait que le système scolaire français est trop rigide, et que chaque enfant a le droit de choisir l'enseignement qui lui convient le mieux. Par ailleurs, l'égalité de droits n'est pas l'égalité des chances. Comment parler de réelle égalité entre les lycées classés ZEP et les lycées de type Henri IV ? Il est temps de redéfinir des nouveaux critères, pour ne pas frustrer des jeunes à haut potentiel.
Quant à la Sécurité sociale, 1/3 des cotisations ne reviendrait qu'à l'assuré. C'est d'après Sabine, un système inégalitaire. On devrait pouvoir choisir son assureur. Ceci pourrait être possible en instaurant un principe de "chèque santé". Elle supprimerait également les aides sur demande, pour les remplacer par des aides selon des critères d'âge. Bref, Alternative libérale, se présente comme une vraie rupture, et non comme un statu quo amélioré. Cependant, à la question de "comment faites-vous pour payer les retraites actuelles et futures, de ceux qui ont déjà cotisé", Sabine ne nous a pas apporté de réponse très claire.
Au tour d'Arash, auteur de "Comment peut-on être de droite aujourd'hui ? Et pour un nouveau contrat social, d'arracher le micro pour s'exprimer !
Arash Derambarsh, un libéral qui s'ignore ?
Arash a deux points communs avec Sabine :
- il aime le symbole des couleurs : violet pour Sabine, Orange pour Arash (…)
- le libéralisme n'est effectivement ni de droite ni de gauche.
Deux points communs, c'est déjà pas mal !
D'après Arash, les plus grands libéraux se trouvent dans les banlieues. Ce n'est pas la loi Dutreil qui a favorisé la création d'entreprise, mais plutôt l'envie de s'en sortir. D'ailleurs, Arash propose carrément de supprimer le RMI. Ce qui n'est pas une mesure forcément populaire… Il croit en "l'esprit des lois". Et qu'il n'y a pas que l'argent qui fait le bonheur, mais aussi le fait de "donner du sens à sa vie" (on croirait presque entendre Luc Ferry…). D'ailleurs, Arash n'hésite pas rappeler une citation de Condorcet pour appuyer ses propos "Toute société qui n'est pas éclairée par des philosophes est trompée par des charlatans." Arash trouve le libéralisme dangereux, mais prône pour un état moins interventionniste. L'Etat doit se recentrer sus ses droits régaliens. Il est également pour la discrimination positive, car la peur du libéralisme provient aussi de l'idée que les forts réussiront toujours mieux que les faibles.
Aussi, Arash se montre ambitieux pour son parti UDF : si la droite veut que les riches aient plus d'argent, et la gauche enrichir les pauvres, l'UDF, quant à lui, veut faire progresser toutes les classes sociales. Au moins, à l'UDF, pas de jaloux !
Chez Alternative libérale, "à chacun son bonheur !"
Chez Alternative libérale, on se montre plus "libéral", en arguant "à chacun son bonheur". Sabine ne vise ni les pauvres, ni les riches, mais les gens libres ! Donc, pas de salut pour les moutons… Le libéralisme, selon Sabine, est l'ami de la liberté d'expression et refuse les dictatures. Le libéralisme veut juste ouvrir des portes, alors que l'étatisme a tendance à les fermer.
(PS : Vous remarquerez au passage, que personne ne vise la classe moyenne…)
Arash réagit alors subitement, en demandant à Sabine Herold : "Etes-vous pour la liberté des frontières ?" Devant la réponse affirmative de Sabine, Arash s'est alors écrié "pure bêtise".
Et oui, au Newtrend café, les esprits s'échauffent ! C'est pour cela que les débats sont faits !
En plein échauffement de la salle, la question de la croissance se pose
La salle se met à son tour à réagir : en posant la question embarrassante de "comment crée-t-on de la croissance ? ".
Pas facile de répondre à cette question, qui est le casse tête de Bercy. Sabine répond simplement qu'il faut de la liberté dans le travail. La réponse ne convainc évidemment pas le public. Mais, c'est une question épineuse, qui mériterait d'être posée à tous nos futurs candidats.
Enfin, arriva la célèbre notion de capitalisme
C'est alors une personne qui a vécu en Californie qui nous a donné sa version pragmatique du libéralisme. "En Californie, on paie des cotisations pour le chômage et les employeurs ne virent pas les salariés sans justification". Selon lui, il existe une confusion chez les français entre le capitalisme américain des années 1920 et le libéralisme. Le libéralisme reste avant tout la fluidité du marché du travail. C'est alors qu'un autre intervenant saute sur l'occasion pour proposer HongKong comme symbole du libéralisme… Sabine Hérold riposte alors aussitôt pour prévenir que la Chine est un pays libéral, mais "au sens perverti du terme". En fait, la Chine est un pur produit capitaliste, sans aucun libéralisme. Maintenant, nous percevons mieux la nuance… Il peut y avoir du capitalisme dans une dictature, mais pas de libéralisme… Nous finissons par demander à l'équipe d'Alternative Libérale quel est le pays le plus libéral aujourd'hui… Sabine précise qu'elle n'est pas là pour distribuer les bons points. Certes… Néanmoins, son collaborateur nous propose l'Irlande. Contents d'avoir obtenu une réponse, voici qu'Arash nous brise notre espoir d'y voir plus clair, en affirmant que pour lui, le pays le plus libéral reste les Etats-Unis. Bref, pas facile de savoir à quoi ressemble un pays libéral.
"Si je crée ma boîte, qu'est-ce que vous me proposerez ? Un chèque ?"
Telle était la question, posée par une jeune fille, ambitieuse mais un peu déroutée par les
difficultés que nous pouvons rapidement rencontrer lorsque nous entreprenons. Selon Sabine, il faut arrêter d'assister les gens dans leur envie de création d'entreprise. Aider les travailleurs, ce n'est pas les assister mais leur rendre leur liberté. Seule l'exonération de cotisations sociales peut aider le développement des entreprises.
"Et comment serait financée la création artistique dans un état libéral ?" (une question chère à Charlotte, notre mascotte antilibérale)
Sabine ne se laisse pas dégonfler, et précise que ce n'est pas la subvention qui crée l'art, mais la subversion. Pour être un artiste, il faut avoir du talent, et non pas sombrer dans une culture dictée par l'Etat. Comme a dit un célèbre politicien espagnol, l'exception culturelle a été conçue pour une "culture faible et déclinante". On croirait presque reconnaître un ton à la Margaret Thatcher… Mais, au moins, c'est une politique égalitaire !
Les questions fusent, le temps passe vite… nous sommes alors contraints d'interrompre ce débat houleux et passionnant.
Nos invités concluent : pour Arash Derambarsh, le libéralisme est "pure fantaisie", "l'Etat doit juste se recentrer sur ses droits régaliens, comme la sécurité et la justice".
Ce qui finalement converge vers ce qu'énonce Sabine : "Nous attendons trop de l'Etat".
Et comme a si bien fait remarquer Malou, une fidèle habituée du Newtrend café, le modèle social
français a connu ses trente glorieuses, mais est aujourd'hui un échec. Car pour distribuer de l'argent, il faut aussi en gagner…
Point de salut sans la croissance
Enfin, notons juste une grande oubliée du débat, pourtant socle d'un état libéral : la Justice. Seul, Arash, qui n'est pourtant pas un libéral, a évoqué les droits régaliens de l'Etat, dont la justice fait partie. En cela, Arash rejoint finalement les dires d'un Alain Madelin, qui lors d'une récente interview télévisée, a rappelé que l'Etat doit se concentrer sur ses droits régaliens comme la justice.
Autant vous dire, qu'après un tel débat, je ne sais plus qui est libéral !!!
Un grand merci aux animatrices du débat, Férial Furon (qui essayait désespérément de récupérer le
micro) et Sylvie Burnichon (qui n'arrêtait pas de dénouer le fil du micro) ! Le métier d'animateur n'est décidément pas facile… Mais tout le monde a apprécié leurs prestations !
Merci aussi au café de Flore de nous avoir gentiment accueilli.
Nous vous promettons encore plus d'animation au prochain débat de 2007 : les femmes et la politique.
D'ici là, joyeuses fêtes !
Marjorie Rafécas.