Rien à dire, notre dernier débat au café de Flore, a été tonique, davantage dans les tonalités de rouge que de rose (pour faire un petit clin d'œil au livre de Cristina Lunghi, "Bleu blanc rose"). Le débat a été en effet très passionnel ! Parler de la femme en politique n'est pas un sujet aisé, surtout quand Ségolène Royal se présente aux élections présidentielles avec ses tailleurs Paul Ka et que la loi sur la parité a déjà frappé… La femme doit alors prouver qu'elle vaut plus que sa plastique...
Tout a commencé pourtant par… 3 tee shirts. C'est en effet de cette façon que nous avons accueilli nos 3 invitées, Valérie Pécresse, Sabine Hérold et Cristina Lunghi.
3 invitées -> 3 conseils sur comment devenir une femme en politique…
1) Pour commencer… arrêter de complexer et imposer ses horaires !
Etre une femme politique, c'est pas si facile… Le dernier titre de l'ouvrage de Valérie Pécresse en dit long sur la force de caractère de cette femme de 40 ans, qui a réussi à devenir députée véritablement par son talent et ses compétences. Sa stratégie ? Sortir de son trou en période creuse, plutôt qu'après l'euphorie des victoires. Les hommes politiques feraient mieux de se méfier davantage du concept de la "femme alibi". La femme alibi a aussitôt fait de les détrôner. D'après cette jeune maman députée, il faut que les femmes se décomplexent et aillent vers les partis politiques. Quitte à imposer ses propres règles, comme celles des horaires, pas de réunion après 20h30 !
2) Changer le mode de scrutin et valoriser davantage la fonction de député !
Sabine Hérold précise que la France est le pays en Europe, qui compte le moins de femmes politiques après l'Italie. Ce retard peut s'expliquer par le scrutin uninominal, qui a tendance à favoriser toujours les mêmes "apparatchiks". Sans compter que le cumul de mandats a les mêmes effets pervers. Changer de modes de scrutin permettrait de faire émerger une autre classe politique plus authentique. Il ne s'agit pas de favoriser les femmes, mais des candidats réellement motivés et prêts à agir.
3) Brandir l'étendard de la parité ! 
Selon Cristina Lunghi, la parité est une véritable chance. La femme a un effet une autre vision du pouvoir, de l'utilisation de l'argent, un autre regard que les hommes. Leur présence apporterait une nouvelle fraîcheur à la politique. Les femmes seraient plus "morales" que les hommes, si l'on en croit Cristina Lunghi. La réaction du public ne tarde pas alors à se faire sentir…
La parité, un aspirateur à "cruches" ?
Le discours sur la parité ne fait pas que des émules, et surtout chez les femmes ! Une femme du public s'est écrié "ce n'est pas une raison pour investir n'importe quelle cruche"… Voilà, c'est dit… Selon Sabine hérold, il est évident que la loi sur la parité a comme un goût d'imposture dans la mesure où cela revient à considérer les femmes comme une minorité.
Mais il fallait un "coup de pied" !
Telle est l'expression qu'emploie Valérie Pécresse pour qualifier la loi sur la parité. En effet, au début, elle était plutôt contre cette loi, qui implicitement dévalorise les femmes sur leur capacité à prendre le pouvoir. Mais, il fallait un "coup de pied" à toute cette tradition politique, qui ne se reproduit que par "filiation". Etre le fils spirituel d'un homme politique ne doit pas être le seul moyen d'arriver à une fonction politique. C'était pas ailleurs une demande des électeurs.
Et l'égalité dans tout ça ???
Pour Cristina, il ne s'agit pas de parité, mais tout bonnement d'égalité. En entreprise, il s'agit d'égalité entre salariés. Aujourd'hui, il s'avère encore qu'à compétences égales, les femmes gagnent moins que les hommes. Il faut donc aider les femmes à ne plus être bloquées par les structures du pouvoir. La femme n'a jamais été véritablement valorisée. Même les homosexuels hommes, ont été à une époque mieux considérés que les femmes… Aujourd'hui, des études prouvent que la femme apporte une nouvelle richesse au monde de l'entreprise. Alors pourquoi pas en politique ?
Pourquoi l'étiquette "sociale" devrait-elle toujours coller à la femme ?
Il est vrai que la femme apporte un nouveau souffle à la politique, mais toujours sur les mêmes dossiers… Le problème de la femme en politique, d'après Valérie Pécresse, est qu'on lui colle toujours une image de mère, et de ce fait des dossiers "de la sociale". Familles monoparentales, éducation, délinquance des mineurs… le social colle à la peau des femmes. Nous n'avons jamais encore eu de femmes aux finances. Il est vrai que la femme reste encore pénalisée par ses différentes maternités… d'où la nécessité de présenter un "profil d'homme", des labels qui authentifient l'intelligence de la femme : l'ENA ou Polytechnique… Valérie Pécresse avoue que c'est grâce à ce label qu'elle a pu persévérer en politique.
Et Ségo dans tout cela ?
Comment éviter le sujet en pleine campagne présidentielle ? Il fallait que cette question se pose. Ce qui est certain est que Ségolène a bien dupé Laurent Fabius, et Dominique Strauss-Kahn, qui l'ont sous-estimée. Elle a réussi un très joli tout de passe-passe. Le problème est qu'elle a tendance à trop jouer de sa féminité et à se complaire dans la victimisation. Ce qui ne plaît pas forcément aux femmes... Heureusement qu'elle a le label "ENA".
Et les hommes dans tout cela ?
Bien figurez-vous que le public masculin était venu en force pour notre débat et que même eux, veulent des femmes en politique ! Eux aussi ont besoin de différence, de changement, bref d'une nouvelle mentalité ! Reste à savoir si la femme peut incarner à elle toute seule le changement…
Marjorie Rafécas.
PS : merci encore et toujours à nos animatrices "femmes", Férial et Sylvie, qui maîtrisent maintenant parfaitement le micro !